Baisse attendue du prix d’achat du lait aux éleveurs en France – Euro 2020

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L’entreprise Lactalis vient d’annoncer que son prix d’achat du lait va baisser dans les mois à venir. « Les éleveurs, qui avaient touché 330 euros la tonne en moyenne en 2019, ont perçu 333 euros au premier trimestre 2020, puis 326 euros en avril et enfin 315 euros en mai et juin », écrit le journal Le Monde (article payant réservé aux abonnés) le 11 juin. Cette annonce passe mal alors que, depuis des années, les éleveurs laitiers demandent une revalorisation du prix de vente de leur production (à lire sur ce sujet Coup de gueule : éleveur de vaches laitières en France = esclave  et Yann Arthus-Bertrand et Julien Leprovost : « Le prix du lait payé aux éleveurs, une honte française avec laquelle il faut finir ») et que l’entreprise familiale vient de dévoiler une partie de ses résultats affichant pour 2019 un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros. « Sur les 10 dernières années, Lactalis a connu la plus forte progression des groupes alimentaires ; son chiffre d’affaires augmentant de 11,4 milliards sur cette période », affirme le groupe laitier qui se proclame leader mondial du secteur, dans un communiqué en date du 4 juin.

L’entreprise justifie ce mouvement par la crise économique consécutive à la pandémie de Covid-19 à venir. Cette diminution du prix d’achat du lait serait la répercussion des négociations entre la grande distribution et les industriels de l’agro-alimentaire. La crise, à l’origine de chômage et d’une baisse du pouvoir d’achat, pourrait entrainer une demande de réduction des prix de vente du lait au consommateur final, de la part de la grande distribution. Concrètement, la diminution du prix du lait se traduit par une baisse de revenus des éleveurs. Une situation que ces derniers dénoncent depuis des décennies, demandant régulièrement une réappréciation du prix d’achat du lait de l’ordre de quelques centimes d’euro par litre afin notamment d’éviter la disparition d’élevages et de fermes. Il faut comprendre que les éleveurs dépendant en grande partie des laiteries qui collectent leur produit. Ce dernier étant périssable, ils ne peuvent pas le stocker pour le vendre plus tard à un moment où les prix remonteraient.

« Si l’on veut garder des éleveurs en France, il faut donner une réponse en termes de valeur et de prix. La crise du Covid a créé un trou d’air, mais il faut remettre de l’optimisme dans la filière », conclut Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs de lait, citée dans Le Monde. Ces dernières années, des marques, comme C’est qui le patron, ont pris le parti de séduire le consommateur en jouant sur le fait qu’elles rémunèrent mieux et au juste prix les producteurs laitiers.

Julien Leprovost