Banques : ce qu’il faut retenir des résultats 2020 – Championnat d’Europe de Football 2020

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Les grandes banques tricolores cotées à Paris ont dévoilé des performances 2020 en ordre dispersé et quelques surprises. De quoi fournir des indices précieux pour le nouveau millésime.

Les banques françaises sont-elles en train d’inverser la vapeur en Bourse ? Une chose est sûre, portées par la publication de leurs comptes 2020, les actions du secteur sont à la fête en ce début d’année.

BNP Paribas a ainsi bondi de plus de 12% depuis le 5 février et l’annonce d’un bénéfice net de 7,1 milliards d’euros, un peu meilleur qu’attendu avec une baisse contenue de 13,5%.

Crédit Agricole et Société Générale se sont adjugées toutes deux 9%. La banque verte a dégagé un résultat net de 2,7 milliards d’euros en chute de 44%, notamment sous l’effet de dépréciations de survaleurs. La banque rouge et noire a signé sa première perte depuis plusieurs décennies, à 258 millions. Ces performances ressortent en ordre dispersé, mais restent meilleures qu’attendu pour le 4ème trimestre.

Quant à Natixis, hors CAC 40, le groupe signe la meilleure prestation boursière depuis le début de l’année, avec un gain de 43%. La filiale de BPCE a réservé deux surprises. Non seulement, avec un résultat net de 101 millions d’euros (-95%), elle est restée profitable, mais la banque s’apprête à connaître un grand bouleversement dans son tour de table.

BPCE cherche en effet à racheter les 29,3% qu’elle ne détient pas et veut mettre en œuvre une offre d’achat simplifiée à 4 euros par action. Objectif : retirer Natixis de la cote. En conséquence, le cours s’est calé à proximité du prix de l’offre, pourtant bien peu généreux.

Trois enseignements principaux peuvent être tirés des comptes 2020.

En premier lieu, les banques ne relâchent pas leurs efforts sur le terrain opérationnel. Malgré des revenus sous pression, les résultats bruts d’exploitation se sont bien tenus, grâce à des actions sur les coûts. Alors que BNP Paribas a pris de l’avance sur ses concurrentes, Société Générale se distingue enfin. Signe que la banque dirigée par Frédéric Oudea a pris la mesure du défi opérationnel à relever.

Les provisions pour risques s’envolent

Deuxième leçon, les coûts du risque, c’est-à-dire les provisions pour créances douteuses, dérapent avec plus qu’un doublement pour Crédit Agricole et Société Générale. Toutefois, la facture n’est pas aussi salée que redouté, notamment au regard des provisions constituées par plusieurs banques européennes et américaines .

Trop laxistes, les banques françaises ? Leurs dirigeants balayent la critique et pointent des politiques de provisionnement adéquates, notamment avec des taux de couverture élevés. Les soutiens publics à l’économie, aux entreprises (Prêts garantis par l’Etat, subventions, etc) comme aux ménages (chômage partiel, etc) ont limité les casses économique et sociale.

Pour 2021, deux des quatre banques – BNP Paribas et Société Générale – tablent même sur une baisse du coût du risque alors que les enveloppes 2020 ont été gonflées, par l’application de la norme IRFS 9. Celle-ci impose des provisions sur des encours sains. Crédit Agricole et Natixis-BPCE se contentent de préciser que 2021 pourrait ne pas susciter d’efforts supplémentaires par rapport à 2020.

Des consensus d’analystes bien timides

Cette nouvelle donne pourrait réserver de bonnes surprises sur les anticipations des analystes quant aux dynamiques bénéficiaires des banques.

Pour l’heure, elles sont encore bien prudentes. Si le consensus des analystes s’attend à un fort rebond pour Société Générale avec un résultat net hors exceptionnels de 1,60 euro par action, soit 1,37 milliard, BNP Paribas est moins bien lotie. Le profit net de la banque est attendu à 5,20 euros par action, soit 6,5 milliards, en baisse de 8% sur 2020. Quant à Crédit Agricole, le consensus des analystes anticipe pour l’heure un recul de 11,1% à 1,07 euro…

Retour du retour aux actionnaires

Enfin, dernier enseignement, les banques sont au rendez-vous des dividendes après une année blanche. Si cette rétention des résultats, imposée par la Banque centrale européenne a gonflé leur solvabilité, elle a aussi eu pour effet de peser sur les retours sur fonds propres, un élément négatif pour la valorisation.

BNP Paribas propose au titre de 2020 un coupon de 1,11 euro, soit un rendement de 2,3%, Société Générale de 0,55 euro et Crédit Agricole de 0,80 euro, soit des rendements respectifs de 2,9 % et… 7,2 % !

Si toutes cherchent à mieux rémunérer les actionnaires à la hauteur des risques qu’ils prennent, la banque verte a su trouver un mécanisme pour se montrer particulièrement généreuse. 

Elle distribuera la totalité de son résultat net 2020 et deux tiers de son résultat sous-jacent. Le tout en respectant les règles du jeu de la BCE.

Sa recette ? L’engagement des Caisses régionales, son actionnaire majoritaire, d’opter pour un paiement du dividende en actions. Ce qui permet de gonfler le montant en cash proposé aux autres minoritaires sans dégrader la solvabilité.

Avec la fin des contraintes de la BCE, les banques tricolores prévoient enfin des programmes de rachat d’actions : 470 millions chez Société Générale, plus de 2 milliards chez BNP Paribas. Même Crédit Agricole y succombera à deux reprises, l’une au printemps et la seconde vers la fin de l’année.