BOUYGUES pâtit de perspectives de reprise trop timides – Championnat d’Europe de Football 2020

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(AOF) – Bouygues perd 1,94% à 33,79 euros, des perspectives prudentes ont relégué au second plan des résultats annuels plus résistants que prévu. Le groupe de BTP a réalisé un résultat net 2020 de 696 millions d’euros, en baisse de 41%, mais supérieur aux prévisions des analystes qui attendaient 582 millions. Ce montant inclut une contribution d’Alstom de 169 millions d’euros, dont 118 millions d’euros comptabilisés au quatrième trimestre 2020.

Le résultat opérationnel courant a reculé de 27% à 1,22 milliard d’euros.

Le chiffre d’affaires est ressorti à 34,7 milliards, en baisse de 9% (-8% à périmètre et change constants), contre des attentes de 34,29 milliards.

Dans la branche construction, le chiffre d’affaires s’est établi à 26,2 milliards, en repli de 11%.

Le carnet de commandes des activités de construction se maintient à un niveau record de 33,1 milliards d’euros à fin décembre 2020, en hausse de 1% sur un an, et offre une bonne visibilité sur l’activité future.

Le chiffre d’affaires de Bouygues Télécom est ressorti quant à lui à 6,4 milliards d’euros, en hausse de 6%, porté par la croissance de 6,4% du chiffre d’affaires Services, malgré l’impact de la chute des usages roaming. À 1,5 milliards d’euros, son Ebitda après Loyer progresse également de 6%.

À fin décembre 2020, le parc forfait Mobile hors MtoM et hors EIT comptait 12,1 millions de clients, soit un gain de 606 000 nouveaux clients, dont 150 000 sur le quatrième trimestre. Le parc de clients FTTH était, lui, de 1,6 million d’abonnés grâce au gain de 604 000 nouveaux clients, dont 226 000 sur le seul quatrième trimestre, marquant un nouveau record d’acquisitions nettes.

Le groupe proposera un dividende annuel à 1,7 euro, stable et conforme aux attentes du marché.

Les perspectives, en revanche, déçoivent. Bouygues a déclaré que son chiffre d’affaires et ses résultats “devraient être bien supérieurs à ceux de 2020, sans atteindre toutefois le niveau de 2019”.

Le consensus table sur une croissance des ventes de 6% pour le premier, et du résultat opérationnel courant de 33%.

Ce dernier devrait revenir à un niveau équivalent ou légèrement supérieur à celui de 2019 (1,67 milliard) en 2022. Or les analystes visent 1,828 milliard pour 2022.

Enfin, Bouygues a fait évoluer sa gouvernance en scindant les fonctions de président et de directeur général.

Martin Bouygues, 68 ans et PDG depuis septembre 1989, exercera ainsi la fonction de président et cèdera sa place de directeur général à Olivier Roussat, jusqu’alors directeur général délégué.

AOF – EN SAVOIR PLUS

Points clés à retenir sur Bouygues

– Holding industriel créé en 1952 aux positions mondiales, historiquement dans le BTP, diversifié dans la télévision et les télécoms ;

– Trois pôles d’activité (37,9 Mds€) sur des cycles économiques différents : 1 la construction et les routes avec les numéros 1 mondiaux Bouygues Construction et Colas (78 % du chiffre d’affaires) – 2 la téléphonie avec Bouygues Télécom (16 %) – 3 les médias avec TF1, détenu à 43,7 % (6 %) ;

– Implantation forte en France pour 59 %, dans le reste de l’Europe pour 18 %, dans les Amériques pour 12 % et en Asie pour 8 % ;

– Modèle d’affaire visant à renforcer la place d’acteur mondial du BTP, de l’énergie et des infrastructures de transport, à maintenir le leadership dans les médias en France et à accompagner le développement des usages numériques dans les télécoms, par le biais de la maîtrise de la chaîne de valeur, des offres à forte valeur ajoutée et une présence ciblée à l’international ;

– Capital détenu à 21 % par la famille fondatrice (29,4 % des droits de vote) et par les salariés (19,3 % du capital et 25,6 % des droits de vote), Martin Bouygues étant président directeur général du conseil d’administration de 13 membres ;

– Structure financière très saine -ratio d’endettement de 19 %, autofinancement libre de 1,4 Md€ et trésorerie disponible de 11,9 Mds€ à fin 2019.

Stratégie d’innovation

– La diversité des métiers, un atout face aux multiplicités d’usages : industrialisation par l’AI Factory et fédération de la 5G par l’accélérateur interne SmartX 5G;

– Ciblage de 4 technologies : l’intelligence artificielle pour la pertinence des décisions, l’IoTet les mégadonnées pour la prédiction, la réalité virtuelle et augmentée pour l’interaction en temps réel et la blockcahin pour la simplification et sécurité des contrats et transactions

– Ecosystème ouvert : 2 bureaux de veille en Asie et en Amérique du Nord (Winnovation à San Francisco, Bouygues Asia à Tokyo), partenariats avec les meilleures universités investissements dans des start-up (5 fonds dédiés), participation à des plateformes (Futura Mobility, Impact AI…) ;

Stratégie environnementale

– Construction : certifications et labels des produits (LEED®, HQE, BBC-effinergie, BiodiverCity…), économie circulaire, optimisation et maximisation du recyclage sur les chantiers, analyse de cycle de vie;

– Télécoms : préemption, recyclage et revalorisation des équipements;

Enjeux

– Retombées de la co-entreprise Bouygues Telecom/Cellnex en charge du déploiement de l’infrastructure nationale de fibre optique ;

– Interrogations sur le maintien de la participation (14,7 % et 25,4 % des droits de vote) dans Alstom après octobre 2020.

A suivre

– Disparités des marges opérationnelles et part élevée de la France dans les revenus ;

– Fort impact, dès mars 2020, des mesures de confinement sur les activités de construction fortement ralenties ou à l’arrêt dans une dizaine de pays (60 % de l’activité totale), et sur la télévision avec une nette accélération des annulations de campagnes publicitaires et un prolongement de l’arrêt des tournages;

– Bouygues Telecom : impact limité avec un usage en forte hausse des data mobile et fixe ;

– En raison de l’impact, non quantifiable à date, de l’épidémie virale sur ses différents métiers, renonciation aux objectifs 2020, à l’exception de ceux de Bouygues Telecom, suspendus ;

– Distribution du dividende (2,6 € initialement prévu) à décider lors de la tenue du conseil d’administration en août 2020.

Des pratiques qui évoluent face au défi climatique

Le secteur de la construction est actuellement responsable de près de la moitié de la consommation d’énergie et d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre en France. Face au défi climatique, les professionnels du bâtiment se réinventent, avec notamment une place grandissante accordée à la nature et aux espaces végétalisés et l’emploi de matériaux bio sourcés ou géosourcés (bois, paille, chanvre, ouate de cellulose, liège, lin, chaume, herbe de prairie, …).

Néanmoins, dans le neuf, les normes toujours plus nombreuses, représentent une contrainte forte. D’ailleurs, la Fédération Française du Bâtiment juge irréaliste la nouvelle norme environnementale RE 2020, qui doit entrer en vigueur en juillet 2021. Cette nouvelle norme vise à réduire la consommation énergétique d’un bâtiment neuf de 30 % par rapport à l’actuelle norme thermique RT2012 mais aussi ses émissions carbone. Le secteur demande son report d’au moins six mois.