Comment assurer l’avenir de la zone euro – Euro 2020

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La dévastation économique et humaine infligée à l’Europe par la pandémie de coronavirus est si grave que la survie de la zone euro et du projet d’après-guerre d’intégration européenne dans son ensemble est en péril sans une plus grande solidarité entre ses États membres. C’était l’avertissement sévère émis par le président français Emmanuel Macron dans une interview accordée au Financial Times la semaine dernière. Il a raison. L’Europe, comme il l’a dit, fait face à un moment de vérité.

Des emplois sont perdus et la production est écrasée partout. Mais la douleur sera inégale. Les pays méditerranéens avec d’importantes industries touristiques pourraient souffrir plus longtemps que les économies manufacturières, les visiteurs étrangers restant loin de leurs millions cette année. Ils sont également entrés dans cette crise aux prises avec l’héritage de la dernière: un chômage élevé, un lourd fardeau de la dette publique et, dans certains cas, des secteurs bancaires faibles.

Chaque jour révèle les dégâts économiques et le prix que les gouvernements devront payer pour tenter d’amortir le coup. L’Italie et l’Espagne s’inquiètent déjà du caractère abordable des mesures de lutte contre la crise, dépensant considérablement moins que la France ou l’Allemagne. Les déficits italien et espagnol devraient s’envoler, car la sortie du blocage économique sera lente et fragmentaire au mieux. Les ratios dette / produit intérieur brut augmenteront. L’Italie atteindra 155% l’année prochaine, prédit le FMI. Il pourrait exploser au-delà des niveaux durables dans les années qui suivraient si l’économie se stabilise et que les coûts d’emprunt augmentent.

Une telle perspective pourrait persuader les investisseurs de vider la dette italienne, poussant le pays dans une spirale à laquelle il pourrait être difficile d’échapper. Si Rome resserrait sa ceinture dans un marasme, cela aggraverait la crise et transformerait complètement les Italiens contre l’euro et dans les bras des populistes. La liquidation du marché se propagerait aux autres membres de la zone euro. C’est le scénario apocalyptique que craint M. Macron. Elle est plus proche de la réalité que certains d’Europe du Nord ne voudraient l’admettre.

Pour l’instant, la pression est contenue grâce à la puissance de la BCE, dont les achats d’actifs ont supprimé les coûts d’emprunt – bien que l’Italie ait recommencé à augmenter. Mais le programme d’achat d’urgence en cas de pandémie de 750 € de la BCE prendra fin plus tard cette année et les achats réguliers d’obligations seront plus difficiles à maintenir si une reprise s’accélère dans le nord.

Il serait utile que Rome fasse appel au Mécanisme européen de stabilité, le fonds de sauvetage de la zone euro. Il est vrai que ses prêts ajouteraient à la dette de l’Italie. Mais ils sont bon marché et sont livrés avec quelques cordes attachées. Plus important encore, ils permettent à la BCE d’acheter des obligations potentiellement illimitées si ses autres programmes devaient être revus à la baisse l’année prochaine. Mais exploiter l’ESM est devenu un tabou. Matteo Salvini, leader de la Ligue eurosceptique, l’assimile à l’assujettissement. Le Mouvement cinq étoiles, l’un des partis au pouvoir, est contre.

Pour ces raisons, les dirigeants européens devront aller beaucoup plus loin pour sauvegarder leur précieux projet lorsqu’ils se réuniront pour leur sommet vidéo plus tard cette semaine. Pour alléger la pression sur les membres les plus faibles et leur donner les moyens de reconstruire leur économie, la zone euro doit adopter l’idée d’un soutien mutuel.

Les coronabonds sont trop émotifs. Mais il existe des propositions pour un fonds de relance à durée limitée, la dette de l’UE étant émise soit sur le dos des garanties des États membres, soit sur le budget de l’UE. L’argent serait versé sous forme de subventions mais remboursé en fonction de la vigueur de la reprise d’un pays. De nombreux détails doivent être élaborés. Il faudrait des conditions. Mais l’ampleur de cette crise nécessite une démonstration d’une solidarité exceptionnelle. Sans lui, le soutien politique à l’euro s’évapore.