Comment les entreprises européennes se protègent contre l’euro fort – Championnat d’Europe de Football 2020

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Publié le 7 févr. 2021 à 10:05

Depuis un an, la crise du Covid-19 éclipse toutes les autres problématiques (Brexit…) auxquelles sont confrontés les trésoriers d’entreprises. « Les trésoriers ont dû gérer toutes les modifications de leur politique de couverture (de change, NDLR). C’est sans doute le secteur aéronautique qui a connu les plus forts changements dans sa politique de change », estime Jean-Philippe Castellani, responsable de la gestion du risque de change à la Deutsche Bank pour la zone France, Belgique et Europe du Sud.

Protection contre l’euro fort

La baisse de l’euro, qui est repassé jeudi sous le niveau de 1,20 dollar à 1,1985 dollar, soulage un peu les sociétés françaises . En 2020, il avait gagné 9 % contre le billet vert. L’euro fort handicape la compétitivité des exportateurs européens aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Grâce à leur couverture du risque de change , les entreprises sécurisent un niveau maximum, un plafond, de leur monnaie pour leur exercice.

Ce « cours budget » des groupes français est pour 2021 « de 1,20 à 1,25 dollar. Les trésoriers optent pour des stratégies de couverture plus flexibles cette année par le biais d’options, qui permettent de profiter de l’éventuel repli de l’euro face au dollar » , constate Raphaël Zeitoun chez HSBC. « Notre clientèle d’entreprises anticipe que l’euro s’établira entre 1,25 et 1,30 dollar cette année. Ils ont reporté leurs opérations de couverture (vente de dollar contre des euros) à 1 ou 2 ans du fait du ralentissement économique et des reports dans leurs carnets de commandes », souligne Séverine Priser responsable de la vente pour la clientèle des entreprises chez Citi pour la zone France, Belgique, Luxembourg.

Report des couvertures

La crise sanitaire et économique mondiale a entraîné le report de nombreux investissements et projets d’implantation, et donc le décalage des couvertures de change associées sur plusieurs trimestres et années. Les entreprises européennes se sont retrouvées avec des couvertures de change supérieures à leurs besoins. Elles ont alors reporté, restructuré ou annulé leurs couvertures. Celles qui ont prolongé leurs couvertures ont dû acquitter un coût. « Il était d’autant plus élevé que leur risque de crédit était fort. Quand une banque traite avec une entreprise, elle doit mobiliser du capital, lié au risque de crédit induit par cette opération de change, car elle pourrait subir des pertes en cas de défaut de la société », explique Bruno Laurier, responsable mondial de la vente change et solutions d’investissement aux entreprises de Société Générale.

Reprise des fusions

Lors des périodes de reprise de l’activité dans la zone euro, l’euro a plutôt tendance à progresser, en moyenne de 0,7 % chaque mois par rapport au dollar selon la banque Nomura . Cette appréciation va inciter les groupes à maintenir leur vigilance cette année. Avec le redémarrage des fusions-acquisitions, les entreprises européennes qui ont des cibles aux Etats-Unis et qu’elles doivent payer en dollars vont recourir aux « couvertures contingentes ». Ces opérations ne fonctionnent pour l’acquéreur que si toutes les autorisations réglementaires (concurrence…) sont remplies et que le rachat est entériné parfois après plusieurs mois.

« Plus l’opération est complexe et soumise à de nombreux feux verts, plus l’acquéreur doit payer une commission élevée à la banque qui structure l’opération de couverture, car en cas d’échec du rachat c’est elle qui devra supporter le risque de change. La commission représente un pourcentage du prix de l’option de change sous-jacente, généralement de 25 % à 50 %, en fonction du risque de la fusion », estime Jean-Philippe Castellani.