Crise économique: l’inquiétante tentation de l’impôt – Championnat d’Europe de Football 2020

24

Chapô

Une fois encore, l’endettement sera utilisé pour financer le déficit en 2020. Mais l’année prochaine, c’est la grande inconnue fiscale. Les experts redoutent davantage un impôt exceptionnel que le retour de l’ISF, qui reste au niveau du symbole.

Aux grands maux, le gouvernement emploie les grands remèdes. Pour faire face à la crise du Covid-19, il multiplie les lois de finances rectificatives. La première date du 23 mars et reposait sur un plan d’urgence de 45 milliards d’euros. La seconde a été promulguée le 25 avril ; le plan d’urgence a été porté à 110 milliards d’euros. Le budget a été construit sur une hypothèse de contraction du produit intérieur brut de 8 % (contre + 1,3 % dans la loi de finances initiale) ce qui donnera, à la fin de 2020, un déficit de 9,1 % du PIB (originellement, Bercy tablait sur 2,2 %). Heureusement que Bruxelles dispense, depuis mars 2020, tous les pays de la zone euro de respecter les critères de convergence (interdiction d’avoir un déficit supérieur à 3 % du PIB et une dette publique supérieure à 60 % du PIB).

Le coût de la crise ? Entre 130 et 150 milliards d’euros

Le gouvernement fait preuve d’une grande prudence en expliquant que « tous ces chiffres sont toutefois provisoires » . D’autant qu’il faudra aussi compter avec le coût des dernières annonces d’Emmanuel Macron à destination du personnel hospitalier et sur la réforme du système de santé, lors du déplacement présidentiel en fin de semaine dernière à la Pitié-Salpêtrière. Les économistes estiment que le coût de la crise sanitaire pourrait être compris entre 130 et 150 milliards d’euros.

En 2020, il ne fait aucun doute que le déficit sera financé, une fois encore, par l’emprunt, ce qui alourdira la dette française que le gouvernement estime, dans la seconde loi de finances rectificative, à 115 % du PIB à la fin de 2020. À ce jour, il n’est pas question pour Bercy d’augmenter les impôts. Les Français, lessivés moralement au sortir de deux mois de confinement et qui remplissent leurs déclarations de revenus, le comprendraient-ils ? Eux qui reprochent également au gouvernement d’avoir si mal géré la crise sanitaire malgré un taux de prélèvements obligatoires d’environ 46 %, record dans les pays de l’OCDE.

Vers une hausse de la fiscalité ?

En fait, la grande inconnue sera en 2021. Bon nombre de fiscalistes redoutent une hausse de la fiscalité l’année prochaine, avec pourquoi pas la création d’un impôt exceptionnel pour financer en partie le déficit. Déjà, certains politiques appellent de leurs vœux une hausse des taux d’imposition ou la création d’une nouvelle tranche de l’impôt sur le revenu. Et comme bien souvent dans les périodes socialement troublées, il y a le retour des vieilles recettes empreintes d’idéologie, comme le très symbolique ISF. « Mon opinion, c’est qu’il n’aurait jamais dû être aboli. Aujourd’hui, je pense donc qu’il faut qu’il soit rétabli », a estimé l’économiste Esther Duflo, Prix Nobel d’économie 2019, sur RTL. Elle juge que « l’impôt sur la richesse est un impôt raisonnable, pas du tout extrême ou radical ». Reste qu’avec un rendement de 4 milliards d’euros en 2017, on restera toujours au niveau du symbole, incapable, et de très loin, d’éponger le déficit. Et ce, sans prendre en compte les effets collatéraux ou “externalités négatives” : en quinze ans, près de 20 % des millionnaires français ont fui l’Hexagone, selon le Cercle des fiscalistes présidé par Philippe Bruneau, faisant de la France « le premier pays exportateur de millionnaires » (New World Wealth Report 2016). À Bercy, on doit méditer la phrase de Colbert : « L’art de l’imposition consiste à plumer l’oie pour obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris. »