deux Russes aux assises pour le tabassage d’un Anglais à Marseille – Championnat d’Europe 2020

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Les scènes ultra-violentes à deux pas du Vieux-Port avaient marqué l’Euro-2016 organisé en France. À 17h14, le 11 juin 2016, quand les marins-pompiers se penchent sur Andrew Bache, le quinquagénaire est en arrêt cardiaque, face contre terre, le crâne déformé. Roué de coups, il ne devra son salut qu’à une réanimation cardiaque pratiquée, en plein chaos, sous la garde rapprochée des forces de l’ordre.

Ce jour-là, avant la rencontre Angleterre-Russie, le Vieux-Port de Marseille et ses environs avaient connu un déchaînement de violences impliquant, selon le procureur de l’époque, quelque 150 hooligans russes venus spécialement pour en découdre et mener des “chasses à l’Anglais”.

35 blessés avaient été déplorés, quasiment tous britanniques, dont deux très grièvement atteints: Stewart Gray, 47 ans, et Andrew Bache, un chauffeur-livreur quinquagénaire, pour l’agression duquel les deux accusés seront jugés jusqu’à vendredi pour violences en réunion et avec arme ayant entraîné une infirmité permanente et encourront 15 ans de réclusion criminelle.

“Ils étaient là pour tuer’’

Les caméras de surveillance et les images sur les réseaux sociaux ont permis de dénombrer cinq personnes impliquées dans l’agression de ce supporter de “Pompey”, le club anglais de Portsmouth. Deux seulement ont été identifiés et seront dans le box des accusés: Pavel Kossov et Mikhaïl Ivkine, deux supporters du Spartak Moscou âgés de 34 ans.

“Ils étaient là pour tuer”, insiste Olivier Rosato, l’avocat de M. Bache, qu’il décrit comme “l’Anglais moyen, avec pour seules passions le pub, le barbecue et son club de foot”.

Andrew Bache, 55 ans, ne sera pas à Aix-en-Provence lundi. Traumatisé, infirme à vie, il ne se souvient même plus être venu en France pour l’Euro. Seul son fils, Harry, devrait être là, après avoir lâché son boulot en Australie pour aider son père.

Ironie de Poutine

Selon les enquêteurs, qui s’appuient notamment sur les vidéos qu’ils ont consultées, c’est Pavel Kossov qui fait tomber Andrew Bache en lui assénant un violent coup de poing à la tête, par-derrière, avant de lui donner quelques secondes plus tard un coup de pied au niveau des reins. Mikhaïl Ivkine est seulement vu en train de lancer une chaise en inox. Le supporter anglais est alors encore debout, en train de fuir, mais il ne tombe pas, même si le projectile le touche à la tête.

Me André Duflot, défenseur de Pavel Kossov, va demander à la cour la diffusion d’autres vidéos des événements. Pour lui, la vérité n’est pas celle décrite dans l’ordonnance de mise en accusation : “Ce n’était pas un groupe de paisibles Anglais contre une horde de hooligans russes sanguinaires”, assure l’avocat.

Selon Me Duflot, les enquêteurs anglais présents lors de l’Euro auraient sciemment omis de rapporter certains éléments à leurs collègues français, et notamment la présence à Marseille, le jour des faits, de membres du “6.57 Crew”, une “firm” (un groupe) de hooligans soutenant Portsmouth. Quoi qu’il en soit, “on peut être supporter du Spartak Moscou et de l’équipe de Russie sans être un hooligan”, insiste aussi Me Julien Pinelli, le défenseur de Mikhaïl Ivkine.

“Approche biaisée”

Détenus en France depuis mars 2018, après leurs arrestations plusieurs mois après les faits sur la route de l’Espagne, où le Spartak allait affronter l’Athletic Bilbao, Pavel Kossov et Mikhaïl Ivkine sont aidés financièrement par la “Fratria”, la principale association de supporters du club moscovite, forte de plus de 10.000 membres.

Le procès pourrait être suivi de près au Kremlin. Lors de l’Euro-2016, Vladimir Poutine avait ironisé, se demandant “comment 200 supporters russes (avaient) pu passer à tabac plusieurs milliers d’Anglais”.

Mi-novembre, le chef du Conseil du Kremlin pour les droits de l’homme, Valeri Fadeïev, a envoyé une lettre à l’ambassadeur de France en Russie et à la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, exprimant sa “sérieuse préoccupation (face à) l’approche biaisée des autorités chargées de l’enquête, contraire aux principes généralement reconnus du droit international”.