Handball : «Nous avons la capacité de nous qualifier pour les Jeux», assure Guillaume Gille – Euro 2020

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L’heure de vérité arrive pour l’équipe de France de handball. Un peu plus d’un mois après être allés chercher une quatrième place au Mondial en Egypte, les Bleus s’attaquent désormais au tournoi de qualification olympique (TQO). A Montpellier et à huis clos, ils affronteront la Croatie vendredi, la Tunisie samedi et le Portugal dimanche. Tous les matchs sont à 21 heures et diffusés sur TMC. L’enjeu : finir dans les deux premiers du groupe pour aller à Tokyo l’été prochain.

C’est la première fois depuis 2008 que la France doit passer par un tournoi de qualification pour aller aux Jeux. A l’époque, Guillaume Gille était joueur et l’aventure s’était bien terminée. Le voilà aujourd’hui sélectionneur. Entretien.

Vous semblez plus détendu qu’en janvier, lors du Mondial en Egypte ?

GUILLAUME GILLE. Vous trouvez ? (Sourires). C’est peut-être parce que je suis un peu plus reposé qu’il y a un mois. On sent pourtant l’excitation monter. Détendu ? Je ne sais pas si c’est le mot qui convient, car on sait l’enjeu de cette compétition, on connaît son importance et la difficulté de la tâche. Nous avons besoin d’une très grande équipe de France pour trouver le chemin vers Tokyo.

Durant ce Mondial, vous avez passé 38 jours enfermé dans une bulle sanitaire avec le groupe. En quoi cela vous a-t-il servi ?

Cela a été une période riche en enseignements et en temps de travail. On va se servir de l’expérience de ce Mondial, car le temps à disposition pour préparer le TQO est ridicule. Nous avons juste le temps de nous mettre en mode combat pour disputer trois duels fantastiques.

Quelle est la plus grosse difficulté de ce TQO ?

C’est un moment à part dans le quotidien d’une sélection et des joueurs. Jouer trois matchs en trois jours dans une séquence qui distribue des tickets pour les JO, c’est un rythme qu’on ne connaît plus. C’était le cas à une époque, il est vrai…

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A quoi pensez-vous ?

A une époque où l’on faisait trois matchs en trois jours pendant un Euro. Sur ce point, il y a heureusement eu des améliorations dans les calendriers. L’alternance jour de match et jour de repos est mieux prise en compte. Le TQO reste la seule compétition sous ce format, ce qui est un peu incompréhensible. Mais on ne va pas pleurer sur notre sort. Les quatre équipes sont dans le même cas.

Le Mondial a montré que l’équipe de France restait fragile. Est-ce votre avis ?

Nos derniers résultats le démontrent assez bien. Nous avons une grande amplitude dans nos performances. Nous pouvons damer le pion à de très grands adversaires, tout en étant en même temps capables d’avoir des temps faibles, qui nous mettent au niveau de n’importe quelle équipe.

Ce tournoi de qualification n’est donc pas une formalité ?

Cette stabilité requise dans un moment aussi condensé que ce TQO et cette irrégularité dont nous avons fait preuve m’obligent à la prudence et l’humilité. Nous avons la capacité de nous qualifier et, bien sûr, j’y crois. Mais je suis aussi certain que l’ensemble des autres équipes pense que la qualification olympique se jouera au prix de trois énormes matchs. Si nous ne sommes pas au niveau, nous serons en danger.

Envisagez-vous de ne pas vous qualifier pour les Jeux ?

Ne pas envisager cette éventualité serait une erreur, car elle fait partie de scénarios possibles. Dans une année Covid, on est obligé de penser à tout, même à ce qui est le plus improbable et désagréable.

Dans votre esprit, y a-t-il une hiérarchie par rapport à vos trois adversaires ?

Ces matchs ne se jouent pas dans nos têtes ou sur le papier. Au Mondial, nous avons terminé devant la Croatie, la Tunisie et le Portugal, mais, si je me replonge un an auparavant, la hiérarchie était tout autre. Affronter la Croatie d’entrée de jeu ne change rien. On a trois matchs à jouer en trois jours. Peu importe contre qui et dans quel ordre.

Pouvez-vous nous brosser rapidement leur portrait ?

La Croatie (15e du Mondial) est l’équipe qui présente le plus de références au niveau international, notamment aux Jeux olympiques (NDLR : médaillée d’or en 1996 et 2004), avec des solistes incroyables. La Tunisie est en train de se reconstruire avec une expérience au Mondial en trompe-l’œil (25e) : donc grande prudence. Le Portugal (10e), on le connaît très bien. C’est une équipe qui nous pose des problèmes ces derniers temps, avec des joueurs costauds et une qualité individuelle très forte. Le Portugal s’installe dans le bon wagon des équipes qui comptent.

Pas de public à Montpellier, une bulle sanitaire stricte autour de vous : comment envisagez-vous ce tournoi par rapport au Covid-19 ?

Dans le combat contre le virus, nous ne sommes pas meilleurs que d’autres. Nous essayons de fonctionner avec un protocole très strict pour minimiser les risques sans hélas pouvoir rien garantir. Nous avons eu la chance de faire la démonstration que le retour au jeu des équipes nationales était possible. Nous avons maintenant le savoir-faire en matière de bulle sanitaire, mais aussi beaucoup d’humilité, car nous ne sommes à l’abri de rien par rapport au virus.

Depuis votre nomination, quel est le changement le plus marquant que vous avez apporté aux Bleus ?

Cela se passe plutôt dans l’organisation de l’équipe et dans l’idée que tous les joueurs doivent s’investir d’une manière forte pour faire avancer le projet collectif. Il y avait cette nécessité de se rassembler vers une ambition commune après notre traversée du désert consécutive à l’Euro 2020.

Personnellement, qu’avez-vous appris ou découvert en Egypte, en dirigeant vos premiers matchs de compétition à la tête de l’équipe de France ?

J’essaie de grandir à chacune de mes expériences. C’était ainsi quand j’étais joueur, c’est encore le cas en tant que père ou homme tout simplement. Cette séquence a été riche, car c’était une première pour l’équipe de France avec ce nouveau staff.

Riche dans quels domaines ?

Riche en termes d’échanges avec les joueurs qui me confortent dans le choix des hommes et la qualité du travail. J’ai découvert de l’intérieur le fait de vivre l’intégralité d’une compétition dans cette fonction de sélectionneur, avec les plaisirs mais aussi les moments de doute et de difficultés qu’elle procure.

Que représentent les Jeux pour vous ?

Il n’y a pas de comparaisons possibles avec les autres compétitions : c’est le Graal. Cela s’explique par la rareté de l’événement, sa polarisation. Les Jeux, c’est La Mecque du sport. J’y ai vécu des expériences très positives, et parfois négatives, qui demandent quelques efforts de plus dans l’engagement de chacun. Les Jeux sont au-dessus de tout.