« Je gagne un euro ou deux de l’heure » – Championnat d’Europe 2020

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Le président Emmanuel Macron (au centre), accompagné du ministre de l’agriculture, Julien Denormandie (derrière), à Etaules  (Côte-d’Or),  le 23 février 2021.

« Si nous calculons notre taux de rémunération, nous gagnons un euro ou deux de l’heure », constate, amer, Didier Galès, éleveur bovin à Maurs (Cantal). « Je viens de terminer mes calculs de comptabilité pour 2020. Il ne me reste même pas 100 euros de bénéfice après avoir dégagé 5 000 euros pour vivre sur l’ensemble de l’année », ajoute-t-il avant de lâcher : « Je suis dégoûté. » Heureusement, dit-il, sa femme travaille à l’extérieur de l’exploitation.

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Et pourtant, M. Galès affirme qu’il était très motivé, lorsqu’il a repris la petite ferme familiale. Il l’a agrandie au fil des ans. Il exploite aujourd’hui 74 hectares d’herbages et de céréales pour nourrir son troupeau de 55 « mères », des vaches Salers, race typique du Cantal. Bon an mal an, il fait naître 55 veaux, vendus comme broutards, c’est-à-dire âgés de 8 à 10 mois, à l’exportation vers l’Italie.

Marges limitées

« Je fais de la qualité », souligne l’éleveur. Pourtant, depuis l’été 2020, ses animaux sont bradés à 2,20 euros le kilo. Il lui faut remonter à l’époque de la crise de la vache folle pour retrouver des prix aussi bas. Et en ce début d’année 2021, il ne voit pas de signe d’amélioration. Un temps, certains avaient évoqué un mouvement de rétention des animaux dans les fermes pour faire remonter les cours. « Mais nous ne pouvons pas les garder longtemps : si leur poids augmente trop, ils sont vendus encore moins cher. Et cela nous coûte de continuer à les nourrir », explique-t-il. Les marges de manœuvre sont limitées.

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L’éleveur a également essuyé trois étés successifs marqués par la sécheresse et des épisodes de températures caniculaires. « Cela fait deux ans que nous sommes exclus du dispositif d’aide », constate-t-il. Difficile dans ce contexte de garder la foi dans ce métier, même si la passion est chevillée au corps. « Il y a vingt ans, il y avait six ou sept exploitations agricoles dans le village. Il n’en reste que deux. J’ai une fille, mais cela ne l’intéresse pas. Il n’en restera bientôt plus qu’une », conclut M. Galès.