la Ville de Lyon change de ton – Euro 2020

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Pour l’heure, une véritable politique culturelle émanant des élus majoritairement écologistes de la Ville de Lyon n’a pas encore été présentée. La faute à la pandémie, à ses conséquences économiques et sociales lourdes. Elle pourrait toutefois commencer à se dessiner avec une décision forte qui a fuité ce jeudi. La mairie rabote cette année les subventions versées à l’Opéra de Lyon, mastodonte du paysage culturel.

À Grenoble, le maire écologiste Éric Piolle avait lui aussi provoqué un tollé en son temps, en supprimant tout net sa subvention aux Musiciens du Louvre -orchestre de musique baroque.

Difficile toutefois de comparer exactement les deux municipalités et leurs partis pris en matière de culture, malgré l’étiquette politique commune. Rue89Lyon avait dédié une longue enquête aux partis pris du maire EELV et de son adjointe en Isère. Rapports heurtés avec une bonne partie de la sphère culturelle, prises de décision incomprises, manque d’aplomb et de connaissance du terrain.

À Lyon, Nathalie Perrin-Gilbert, qui fut maire du 1er arrondissement (étiquette lyonnaise « Gram », proche de LFI), n’a jamais été encartée chez EELV mais a toutefois obtenu une place de choix dans l’exécutif après un rassemblement d’entre-deux-tours et la victoire à Lyon de l’écologiste Grégory Doucet.

« NPG » est ensuite parvenue à communiquer voire à être saluée par les premiers concernés, pour la mise en place rapide d’un fonds d’urgence, face à la crise économique et sanitaire. Une enveloppe de 4 millions d’euros en partie déjà distribués.

Pour l’Opéra de Lyon, une subvention de 7,5 millions amputée de 500 000 euros

Voilà que ce jeudi 4 mars, Frédéric Martel, journaliste à France Culture, annonce sur Twitter ce qui est encore une rumeur en début d’après-midi. La Ville de Lyon compte baisser de 500 000 euros sa subvention annuelle à l’Opéra de Lyon, une aide qui atteignait 7,521 millions d’euros en 2020.

Dans le Progrès, l’adjointe à la Culture confirme :

« Malgré cette baisse de 500 000 euros – qui représente moins de 3 % de l’aide de la Ville, l’Opéra garde de très belles marges de manœuvre pour faire de très belles choses. Je lui fais confiance. »

Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe au maire de Lyon déléguée à la Culture.

L’adjointe parle d’une coupe de 3% car elle fait grimper l’aide que la Ville apporte à l’Opéra à 18 millions d’euros (avec du personnel municipal à hauteur de 10 millions d’euros et une subvention annexe d’équipement).

L’équipement est ainsi le plus lourd en termes de subventions à Lyon, avec un budget total de fonctionnement de 38 millions d’euros (assumés également par l’État, la Région, la Métropole de Lyon).

C’est aussi un monument emblématique, un bâtiment rénové par l’architecte Jean Nouvel, qui fait face à l’Hôtel de Ville où résident justement tous ces nouveaux élus.

la Ville de Lyon change de ton - Euro 2020Nathalie Perrin-Gilbert lors du débat culture le mardi 18 février 2020. ©Houcine Haddouche

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Nathalie Perrin-Gilbert lors du débat dédié à la culture, mardi 18 février 2020. ©HoucineHaddouche/Rue89Lyon

La première bagarre politique sur ce que doit être Lyon

L’indignation et l’opposition des regards que suscite cette décision est intéressante.

Pour les élus de droite et de centre droit, il s’agit d’une occasion idéale (et attendue, car cette baisse des aides à l’Opéra avait été suggérée dès la campagne électorale) d’accuser la majorité de vouloir détruire un symbole de la Ville.

Leur chef de file, Étienne Blanc, par ailleurs premier vice-président de Laurent Wauquiez à la Région, s’est le premier étouffé.

« Depuis 6 mois la majorité verts/extrême-gauche, fidèle à son obsession de la décroissance, détruit tous les symboles du rayonnement de Lyon. En supprimant 500 000 euros du budget de l’Opéra, pilier des institutions culturelles lyonnaises, c’est un premier pas vers l’idéologie des verts et de l’extrême-gauche en matière culturelle et une participation à l’affaiblissement de Lyon. »

Les élus du groupe Droite, Centre & Indépendants à la Ville de Lyon.

Une « idéologie anti-opéra »

Se jouerait ainsi une bataille des esthétiques, auxquelles on attribuera des orientations politiques inconciliables.

Pour faire court et grossier, aux lyonnais riches et âgés l’Opéra, ses spectacles haut de gamme et ses rideaux lourds ; aux lyonnais jeunes et chevelus les salles de concert bruyantes et les petits théâtres vétustes.

Cela n’est évidemment pas la réalité, ni ne raconte l’ensemble des propositions culturelles de la Ville et le fait que les uns aillent éventuellement chez les autres. Notamment par le biais d’actions (socio-)culturelles à vocation éducative. Ce que revendique d’ailleurs très souvent d’ailleurs Serge Dorny, directeur de l’Opéra de Lyon. Il aime en effet à répéter que son public est bien plus varié qu’il n’y paraît.

Pourtant, le même Serge Dorny, réagissant à la décision municipale, a aussi opté pour une lecture politique de ce rabotage de 500 000 euros. Il y voit un important marqueur idéologique :

« L’adjointe à la culture justifie cette baisse en faveur de « l’accompagnement de la création et de l’émergence », alors qu’en retirant 500 000 euros à l’Opéra de Lyon, elle supprime une part de création et d’émergence au lyrique, au chorégraphique et aux musiques transversales de notre institution. Sur le plan de la politique culturelle, nous ne pouvons que nous inquiéter de l’idéologie anti-opéra que semble sous-tendre cette décision ».

Serge Dorny, directeur de l’Opéra de Lyon, au Progrès, le 4 mars 2021.

Rééquilibrer « une politique culturelle fossilisée »

En fait, il s’agirait moins de détruire le travail et la programmation classique de l’Opéra que de rééquilibrer des soutiens financiers non extensibles. À Lyon, le budget dédié à la culture est historiquement haut, depuis Gérard Collomb. Avec 120 millions d’euros, il est le deuxième budget juste après celui de l’éducation et la petite enfance (qui pèse 355 millions d’euros en 2021).

Grégory Doucet, alors candidat EELV à la mairie, avait promis de le sanctuariser malgré la « crise-Covid », à l’occasion du débat que Rue89Lyon avait co-organisé avec le Petit Bulletin en amont du premier tour des élections. Mais bien que maintenu à une hauteur importante, ce budget culturel reste tendu et ne permet pas de déployer de nouvelles situations dans la ville.

Plus généralement, l’une des raisons principales évoquées par les pouvoirs publics, collectivités et État, pour expliquer le non-financement de nouvelles structures, de nouveaux projets, est l’impossibilité d’augmenter des budgets en période de restrictions généralisées.

Ce qui a abouti à une gestion « patrimoniale » de la culture, pour reprendre les termes de Vincent Cavaroc, à qui nous avions ouvert une tribune. Le directeur de la Halle Tropisme (à Montpellier) y appelle à « une redistribution plus équitable de l’argent public dans la culture ».

La politique culturelle à budget constant et contraint, interdit quasiment de rebattre les cartes ou encore d’intégrer de nouveaux acteurs voire de l’innovation sur un territoire.

« J’ai rééquilibré une politique culturelle fossilisée. En coulisses, on entendait les précédents adjoints à la culture expliquer que les institutions comme l’Opéra mangeaient tout le budget et qu’il ne pouvait rien faire. Moi, je fais des arbitrages et je les assume. »

Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe au maire de Lyon déléguée à la Culture.

Un choix qu’elle devra défendre lors du conseil municipal du 25 mars prochain, face à des élus d’opposition particulièrement remontés sur le dossier. La polémique a ça de bon qu’elle pourrait obliger les nouveaux élus de la Ville à mettre au jour une politique culturelle pour Lyon, pour ces prochaines années -dans l’attente que les lieux finissent par rouvrir.