Le rebond des prix en zone euro jugé temporaire – Euro 2020 – Championnat d’Europe 2020

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par Shrutee Sarkar

BANGALORE (Reuters) – La remontée de l’inflation dans la zone euro devrait rester temporaire et la lenteur de la reprise économique empêchera la hausse des prix d’atteindre durablement avant plusieurs années l’objectif que s’est fixé la Banque centrale européenne (BCE), montre une enquête de Reuters vendredi.

Menée entre le 1er et le 5 mars auprès d’environ 80 économistes, elle suggère aussi qu’après un rebond au deuxième semestre, la dynamique de croissance devrait rester faible pendant les deux prochaines années.

Le taux d’inflation atteindrait un point haut à 1,9% en rythme annuel au quatrième trimestre (contre 0,9% en février selon l’estimation d’Eurostat) mais ne dépasserait pas 1,4% sur l’ensemble de cette année et retomberait à 1,2% en 2022.

Il se rapprocherait ainsi de l’objectif de la BCE d’un taux légèrement inférieur à 2%. Mais plus de 85% des économistes qui ont répondu à une question annexe (31 sur 36 exactement) estiment que l’inflation restera sous cet objectif pendant plusieurs années encore.

“Il est clair que certains éléments plaident en faveur du thème de la reflation mais il manque toujours des pièces clés du puzzle, à commencer par la hausse des salaires”, commente Jan Lambregts, responsable de la recherche économique et marchés de Rabobank.

“Les hausses de prix récentes concernent les variables de coûts de production, qui sont moins durables (…) et peuvent même être désinflationnistes dans le pire des cas.”

Vingt-deux des 33 économistes ayant répondu à une autre question ont estimé que la remontée récente des rendements obligataires constituait un resserrement indésirable des conditions financières justifiant une riposte de la BCE.

“Les dirigeants de la BCE ne sont pas à l’aise face à la hausse des rendements nominaux, d’autant plus qu’elle intervient à un stade très précoce de la reprise”, expliquent les économistes de Nomura.

“Nous en concluons que la BCE ne tolèrera pas une hausse des rendements nominaux au cours des prochaines semaines, du moins tant qu’elle ne sera pas justifiée par une montée des pressions inflationnistes sous-jacentes, un relâchement des restrictions liées au COVID-19 ou des surprises à la hausse sur la croissance.”

Après une contraction de 0,6% au quatrième trimestre 2020, le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro devrait se contracter de 0,8% sur janvier-mars puis rebondir de 2,1% au deuxième trimestre selon l’enquête. La croissance atteindrait ensuite 2,2% au troisième trimestre mais reviendrait à 1,3% au quatrième.

La zone euro enregistrerait ainsi une reprise de 4,3% sur l’ensemble de 2021 puis de 4,2% en 2022.

Plus de 60 des économistes (22 sur 35) qui ont répondu à une autre question sur le PIB ont prédit qu’il faudrait plus d’un an pour retrouver le niveau d’avant la crise sanitaire.

“La demande reste le facteur clé”, dit Jan Lambregts. “Même si les mesures de soutien des Etats ont empêché une baisse encore plus forte de la consommation des ménages, la demande en attente ne se traduira que par une impulsion temporaire après la réouverture de l’économie.

“Le plus préoccupant, c’est de savoir si les gens qui sont sortis du marché du travail pourront y revenir rapidement après la levée des restrictions liées au COVID-19.”

(Version française Marc Angrand, édité par Patrick Vignal)