Les 10 chiffres fous de la finance en 2020 – Foot 2020

27

Publié le 31 déc. 2020 à 7:33

· 129 milliards d’euros de prêts garantis

Créé fin mars pour soutenir la trésorerie des entreprises mise à mal par le confinement, le prêt garanti par l’Etat (PGE) a connu un succès foudroyant. A ce jour, ce prêt a été souscrit par 630.000 entreprises , pour un montant total de 129 milliards d’euros. Cela représente environ 10 % des encours de crédit bancaire aux entreprises. En règle générale, une entreprise peut obtenir un PGE dans la limite de 25 % de son chiffre d’affaires annuel, le montant étant garanti à 90 % par l’Etat. Aucun remboursement n’est dû la première année, et les échéances peuvent ensuite être étalées sur cinq ans maximum. Si les banques ne portent que 10 % du risque, elles se sont fortement mobilisées. L’essentiel des prêts a été distribué en trois mois, avec un taux de refus inférieur à 3 % selon les banques. Reste que face à la crise, certaines entreprises préféreraient une subvention pure et simple, plutôt qu’un prêt qu’il faudra bien rembourser.

· 1.900 milliards : une montagne de dette pour les sociétés françaises

Avec une croissance annuelle de 12,5 %, l’endettement des sociétés non financières françaises a explosé en 2020 et se rapproche dangereusement de la barre symbolique des 2.000 milliards d’euros d’encours. Le niveau a presque doublé depuis janvier 2008, progressant fortement cette année à la faveur de la crise : celle-ci a en effet poussé les entreprises à chercher de la liquidité bon marché via des prêts garantis par l’Etat notamment, mais aussi auprès des investisseurs. Selon les derniers chiffres de la Banque de France, les crédits bancaires et d’obligataires des sociétés françaises (hors banques) atteignaient précisément 1.896 milliards d’euros fin octobre, un record historique porté par un flux net annuel de 212 milliards et une croissance de 12,5 %. Ce mur de la dette sera le défi principal pour les entreprises en 2021, même si elles ont aussi beaucoup de trésorerie . Si la dette brute des sociétés non financières a progressé de 151 milliards d’euros depuis mars, leurs dépôts ont en effet bondi de 150 milliards dans le même temps.

· 11,5 milliards pour faire face aux impayés

Installer des digues avant la montée des eaux. Partout dans le monde, les banques se préparent à une hausse prévisible des crédits non remboursés , la crise sanitaire ayant mis à rude épreuve des pans entiers de l’économie. En France, sur les neuf premiers de l’année, les banques (groupe Crédit Agricole, BPCE, BNP Paribas, et Société Générale) ont en moyenne doublé le montant de leurs provisions, portant le total à 11,5 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de l’année, contre 5,3 milliards d’euros un an plus tôt. Il s’agit encore en bonne partie de risques dits « non avérés », et non de vrais incidents de remboursements. Mais, au-delà des seules banques françaises, la Banque centrale européenne (BCE) a déjà fait savoir qu’elle trouvait les anticipations économiques des banques du Vieux Continent « très optimistes ». Parmi les variables figurent la capacité des entreprises à reprendre normalement leurs remboursements alors que 871 milliards d’euros de moratoires ont été accordés en Europe.

· 120 milliards de capital en plus pour les banques européennes

Face à la crise, la BCE a déployé un arsenal de mesures exceptionnelles destinées à soutenir les banques pour que celles-ci continuent à financer l’économie malgré les risques d’impayés. Première d’entre elles, l’assouplissement de règles prudentielles qui ont permis de libérer 120 milliards d’euros de fonds propres pour les grandes banques de la zone euro. En contrepartie, le superviseur leur a demandé de geler les versements de dividendes en 2020. Une mesure à 30 milliards d’euros, vivement critiquée par les banques. Pour soutenir le secteur, la BCE a aussi élargi son programme de refinancement de long terme (TLTRO), accordant aux banques un montant de prêts favorables de 1.650 milliards d’euros en 2020 à des taux allant jusque -1 %. Une aide inédite, destinée à faciliter l’octroi de prêts aux ménages et entreprises. En 2019, ce programme s’élevait à 100 milliards.

· 100 milliards de surplus d’épargne

Certains l’appellent déjà « épargne Covid ». Avec les restrictions de déplacement et la fermeture des commerces dits non-essentiels, les Français ont moins dépensé. Résultat, les ménages – et en particulier les plus aisés – ont mis de côté comme jamais, au-delà des flux d’épargne habituellement constatés. Selon la Banque de France, ce bas de laine supplémentaire serait compris entre 85 et 100 milliards d’euros cette année. Où cette épargne va-t-elle se placer ? Autour de 50 milliards d’euros dorment actuellement sur de simples dépôts bancaires. Viennent ensuite les livrets réglementés (Livret A, LDDS) dont la collecte atteint des niveaux très élevés. Dans un cas comme dans l’autre, les ménages, inquiets font le choix d’une épargne immédiatement disponible pour faire face aux coups durs. Ils se détournent en revanche de l’assurance-vie, moins liquide et de moins en moins bien rémunérée du fait des taux négatifs, et qui a connu une année noire en 2020 avec une collecte nette négative de 7,3 milliards d’euros entre janvier et novembre.

· 1.125 milliards de crédit à l’habitat

C’est le montant inédit des encours de crédit immobilier, dont la croissance trépidante avait poussé le Haut conseil de stabilité financière (HCSF) en décembre 2019 à prendre des mesures pour stopper un risque d’emballement. Un an plus tard, l’organe présidé par le ministre des Finances, Bruno Le Maire, est en partie revenu sur ses propres recommandations , portant notamment de 33 à 35 % la part de revenus que les ménages peuvent affecter à leurs remboursements, tout rendant ces normes contraignantes pour les banques à partir de l’an prochain. Une façon de répondre aux protestations des professionnels du logement et courtiers en crédit immobilier, qui craignaient un impact sur le marché après le trou d’air du premier confinement. Pourtant, le crédit à l’habitat est resté dynamique, affichant une hausse de 5,5 % sur un an, malgré le creux du confinement. Pour Bercy et la Banque de France, la priorité était toutefois de ne pas priver les jeunes ménages de l’accès à la propriété. Mais alors que les Français sont déjà les champions européens de la dette et que les risques de surendettement s’accroissent avec la crise , les associations de consommateurs ont déploré l’ajustement du HCSF.

· +20 % de paiements dématérialisés

Pour régler leurs achats, les consommateurs se servent de plus en plus du paiement sans contact ou encore de leur mobile, sans que la part du cash ne s’effondre pour autant. Selon l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, les paiements dématérialisés et numériques (virement, paiement à distance ou sans contact) ont représenté en France jusqu’à deux tiers des transactions au cours du premier confinement, avant de retomber autour de 60 % dans les mois qui ont suivi (contre 50 % en 2018). Parmi les principales explications, le déplacement de la consommation vers le commerce électronique (les magasins étant fermés) et le relèvement de 30 euros à 50 euros du paiement sans contact, perçu comme un mode de paiement plus sûr d’un point de vue sanitaire. Par contraste, le paiement par chèque et les retraits d’espèces aux distributeurs ont connu des niveaux « très en retrait par rapport à leur rythme pré‑crise (de l’ordre de – 20 %) », même après le confinement. Cette accélération des usages numériques aura un impact décisif sur l’avenir de la banque, selon les experts.

· 85.540 emplois supprimés dans le monde

2020 restera une année noire pour l’emploi dans la banque. Selon le décompte de Bloomberg, le secteur a annoncé 85.540 suppressions de postes depuis le début de l’année dans le monde, un record depuis 2015. Avant même le déclenchement de la pandémie, HSBC avait annoncé en février une vaste restructuration incluant la réduction de 35.000 postes (sur 235.000 dans le monde). Mais le Covid-19, qui entraîne des impayés et accélère les usages numériques des clients, a forcé les banques à amplifier le mouvement. C’est particulièrement vrai en Europe, où les banques sont peu rentables. L’espagnol Santander a ainsi annoncé un programme de suppression de 4.000 postes et de fermeture de 1.000 agences, tandis que l’italien UniCredit s’est engagé à couper 8.000 postes et fermer 500 agences. En France, Société Générale a annoncé en novembre la suppression d’environ 640 postes en France, dix-huit mois après celle de 1.600 postes dans le monde. Alors que la crise sanitaire risque de peser encore sur les comptes des banques, l’année 2021 ne s’annonce guère plus réjouissante pour les employés du secteur.

· 1,9 milliard disparu des comptes de Wirecard

Au-delà du Covid, l’année 2020 aura été marquée par la faillite retentissante de Wirecard, ce spécialiste des paiements devenu l’icône de la fintech allemande. En juin, la société bavaroise découvre un « trou » de 1,9 milliard d’euros dans ses comptes et dépose le bilan quelques jours plus tard. En cause ? Une fraude comptable qui a échappé à son auditeur EY, poursuivi en justice. Mais aussi au superviseur financier allemand , la BaFin, qui avait été alerté mais a préféré s’en prendre aux journalistes du « Financial Times », à l’origine des premières révélations du scandale. La société, qui laisse une ardoise de 3,5 milliards d’euros à ses créanciers dont 1,75 milliard emprunté auprès de quinze banques, est en train d’être démantelée par son administrateur judiciaire. Alors que l’ex-patron de Wirecard est derrière les barreaux et que son bras droit est en cavale, l’affaire a pris une tournure politique outre-Rhin. Mais elle a aussi des répercussions en France. Crédit Agricole figurait ainsi parmi les créanciers et partenaires de Wirecard, qui travaillait également avec Orange Bank.

· 10 milliards de fonds gelés chez H20

C’est le scandale de l’année dans la finance française. Le 28 août, Natixis et sa filiale de gestion britannique H2O annoncent la suspension de huit fonds , soit plus de 10 milliards d’euros d’encours. Une décision spectaculaire prise sous la pression de l’Autorité des marchés financiers (AMF). En cause, environ 15 % d’actifs illiquides liés en partie au sulfureux homme d’affaires allemand Lars Windhorst. Depuis, les fonds sont de nouveau accessibles aux épargnants, mais les actifs posant problème ont été cantonnés. Des dizaines de milliers d’épargnants se retrouvent ainsi collés avec des parts dont la valeur pourrait potentiellement disparaître. Ancienne vedette de la gestion, avec des performances incroyables, H20 est devenu le fardeau de Natixis. La filiale de BPCE, qui a changé de patron dans la tempête en septembre, a annoncé début novembre son intention de vendre ses 50 % dans la société .