les buralistes se façonnent un nouveau visage, Franchise – Euro 2020

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Marchands de tabac ils sont, marchands de tabac ils resteront. Mais, pas que. Déjà distributeurs de journaux, preneurs de jeux et paris pour le compte de la FDJ et le PMU, cafetiers, barmen, voire restaurateurs, les buralistes continuent d’ajouter des cordes à leur arc. De débitants de tabac, ils entendent devenir des vrais commerçants de proximité, et même « d’utilité locale » pour reprendre la formule chère au président de leur Confédération, Philippe Coy. Une utilité qu’ils doivent bien sûr aller chercher ailleurs que dans la vente de cigarettes.

Changer de logiciel

Elu à la tête du syndicat professionnel en octobre 2017, ce buraliste qui tient un point de vente à Lescar (Pyrénées-Atlantiques) l’a très vite compris. Peu de temps après sa prise de fonction, il appelait dans une interview aux « Echos » ceux qu’ils représentaient désormais à « changer de logiciel », et même à être partenaires de l’opération « mois sans tabac », institutionnalisée en novembre et devenu dans le réseau des quelque 24.000 bureaux de tabac « le mois de la vape. »

Car le vapotage fait parti de ces activités qui façonnent le nouveau visage des buralistes. « C’est un enjeu de santé publique et de business aussi, car c’est un produit à marge. Mais ce nouveau métier demande un peu plus de technicité », souligne Philippe Coy. Et pour amener ses adhérents sur ce chemin, la Confédération des buralistes n’a pas hésité à recruter un influenceur et à lancer une chaîne YouTube afin de les familiariser avec ces produits. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Alors que le réseau détenait environ 15 % de parts de marché il y a deux-trois ans, il en détient actuellement 23 %, avec un volume d’affaires de 220 millions d’euros, précise son président.

Encaissements pour compte de tiers

Mais au-delà de ce qui n’est finalement pas très éloigné de leur coeur de métier, les bureaux de tabac développent de nombreux services et testent de nouveaux produits. En juillet 2019, la Confédération en consortium avec la FDJ a ainsi remporté un appel d’offres lancé par la DGFIP, la direction générale des Finances publiques au ministère de l’Economie, pour encaisser des sommes dues à celle-ci par des particuliers. Dès son lancement, ce nouveau service a été proposé dans un peu plus de 5.000 points de vente, contre 4.400 minimum prévus dans le cahier des charges. Et selon Philippe Coy, ils sont désormais plus de 9.000, rémunérés à l’acte 1 euro 50. En 2020, année si particulière par ailleurs, 360.000 encaissements ont été enregistrés au deuxième semestre, et déjà 90.000 en janvier 2021.

La Confédération a signé, le mois dernier, un partenariat avec la FDJ afin d’étendre ce savoir-faire d’encaissement pour compte de tiers à d’autres partenaires. Une expérimentation est en cours avec le bailleur social Seqens (ex-France Habitation) en Ile-de-France, et le syndicat professionnel a été approché par des énergéticiens et des opérateurs du secteur de l’eau, indique son président.

Snacking, conciergerie, sécurité…

Outre ces nouveaux services, les buralistes sont incités à revoir leur offre en fonction des nouveaux comportements des consommateurs. Le groupe Sodebo teste ainsi la vente de produits de snacking dans une trentaine de bureaux de tabac. En Haute-Garonne et dans le Cher, des bureaux de tabac travaillent avec les fédérations départementales de la FNSEA, le principal syndicat agricole afin de proposer des paniers de produits secs et légumes de producteurs locaux.

Dans un autre genre, d’autres proposent un service conciergerie de clés en partenariat avec ProximiKeys, quand certains testent la vente d’équipements de domotique, comme des caméras de protection des biens ou de surveillance des personnes âgées isolées. Bref, les buralistes sont de plus en plus commerçants. Et pour Serge Papin, l’ancien président de Système U consultant auprès de la Confédération des buralistes, l’étape ultime pourrait être que leur syndicat se transforme en groupement et qu’une marque, au-delà de la fameuse carotte rouge revisitée avec des liserés bleu et blanc, fédère ce réseau. Ce pourrait être l’enjeu du mandat du prochain président de la Confédération qui sera désigné fin 2021.

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