Pour les bourses, 2020 a été une année de complète volatilité – Euro 2020

11

Fin 2019, les marchés boursiers finissaient l’année triomphalement. SMI, Nasdaq, CAC 40, Euro Stoxx, S&P 500 affichaient tous plus de 25% de croissance. Cette tendance s’est poursuivie en début d’année avant le coup d’arrêt porté par la pandémie de Covid 19 au mois de mars. Face aux mesures de confinement prises à l’échelle mondiale, les indices boursiers s’effondrent.

Entre le 20 février et le 23 mars, le Nasdaq, indice fortement lié aux valeurs technologiques, perd 29% de sa valeur et le S&P 500, qui regroupe les 500 plus grandes capitalisations américaines, chute de 33%. En Europe, le CAC 40 français et le FTSE 100 britannique, reculent respectivement de 35 et 32% et la bourse de Tokyo perd 28%. Pourtant en cette fin d’année, la plupart des bourses ont retrouvé leur niveau d’avant la crise.

Le rôle capital des banques centrales

Au début de l’année, aucun analyste ne pouvait prévoir l’ampleur de la crise générée par l’émergence du SARS-CoV-2, en revanche, fin 2019, certains observateurs attendaient une fin de cycle. «C’était une question lancinante l’an dernier, rappelle François Savary, responsable des investissements chez Prime Partners. Il y avait des investisseurs pour qui une récession arrivait parce que le cycle avait été trop long, et des personnes pour qui il s’agissait simplement d’un cycle de croissance plus faible, avec un ralentissement qui serait suivi d’une reprise. La pandémie a résolu cette question puisqu’elle a entrainé une grosse récession.»

Mais si la crise économique liée à la pandémie ne s’est pas transformée en crise financière, c’est essentiellement grâce à l’action rapide des banques centrales. «Les injections de liquidité des 22 principales banques centrales au niveau mondial sont sans précédent du point de vue moderne, souligne Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank. Sur les trois premiers trois premiers trimestres, les injections de liquidité de la Réserve fédérale américaine ont représenté 9,3% du PIB mondial, c’est trois fois plus que les mesures prises pendant la crise de 2008.»

Lire aussi: Les bourses affolées par la nouvelle souche du virus

Face à la paralysie de l’économie «réelle», ces liquidités s’orientent vers les marchés financiers, qui dès les mois d’avril-mai, anticipent une reprise durable, soutenue par les annonces de développement des vaccins. «À partir de juillet-aout, il y a eu un transfert depuis les secteurs à croissance visible comme les technologies et les pharmas vers des secteurs plus cycliques, comme l’énergie, qui permettent de continuer d’avoir cette poussée des marchés», détaille François Savary.

Pluie de records pour Wall Street

Les marchés américains s’en sortent particulièrement bien, portés par les grandes valeurs technologiques. «Traditionnellement, lorsqu’il y a une récession, les capitaux étrangers se recyclent sur le marché américain qui fait office de valeur refuge puisque c’est le marché le plus liquide», précise Christopher Dembik. À cette position historique s’ajoute le succès en bourse des GAFA depuis une dizaine d’années qui se devenus des garants de rendement pour les investisseurs. «Si on regarde dans le détail, l’évolution haussière de Wall Stret en 2020 est essentiellement liée à l’évolution de cinq-six grandes valeurs technologiques», ajoute-t-il.

Lire également: Ruée sur les entrées en bourse dans la tech

Résultat, sur l’année le Nasdaq est en hausse de plus de 43%, en enchainant les records historiques ces dernières semaines et le S&P 500 finit plus modestement avec une hausse d’environ 15%. «La contrepartie aujourd’hui, c’est que c’est un marché onéreux», pointe François Savary.

Une situation plus difficile en Europe.

En Europe en revanche, les bourses ont eu plus de mal à surmonter la crise. Le CAC 40 affiche une baisse de 6% sur l’année, et l’Euro Stoxx 50, qui regroupe des sociétés de la zone euro, chute d’un eu plus de 4%. Une des principales raison: les indices européens comptent peu de valeurs technologiques, secteur aujourd’hui dominé par la Chine et les Etats-Unis. «Il y a aussi une prépondérance du secteur financier, et quand les taux d’intérêts sont très bas ce n’est pas bon pour les banques, parce qu’elles ne font pas de marge», souligne François Savary. Dans leur composition, les bourses européennes comptent aussi plus de valeurs cycliques vers lesquelles les investisseurs commencent à se retourner depuis le mois de septembre.

Parmi les marchés européens, le FTSE 100, l’indice boursier des 100 plus grandes capitalisations britanniques, affiche même une baisse de près de 13%. Mais cette performance s’explique essentiellement par les incertitudes liées au Brexit que l’accord commercial obtenu le 24 décembre devrait faire disparaître. «Nous estimons que l’indice est sous-évalué d’environ 20%», indique Christopher Dembik.

Sur le SMI: Pas attractive, la bourse suisse?

Pour la Suisse, le SMI (Swiss Market Index) est quasiment au même niveau qu’en début d’année, avec une hausse de 0,95% pour 2020. En fin d’année dernière, il avait franchi les 10 500 points d’indice pour la première fois de son histoire.

Vers une année 2021 plus stable?

L’année 2020 a donc été marquée par une volatilité très forte sur les marchés boursiers. S’ils ont pour la plupart réussi, au minimum, à effacer les effets de la crise, certaines incertitudes que la pandémie a fait passer au second plan demeurent. «Les tensions commerciales ne vont pas disparaitre du jour au lendemain», pointe Christopher Dembik. La vitesse à laquelle les pays mettent en place les campagnes de vaccination pourrait aussi entrainer des décalages au niveau de la reprise économique.

Sans être au niveau de l’année écoulée, la volatilité devrait donc rester présente sur les marchés. «La baisse du dollar est un point sur lequel il faut être attentif, prévient François Savary. S’il continue sa chute, cela peut-être très déstabilisant pour le système financier.» Un dossier sur lequel le prochain gouvernement américain, et en particulier la secrétaire au Trésor Janet Yellen, est attendu pour le début de l’année 2021.

Un article de ces jours mentionnant Janet Yellen: Voici des porteurs de bonnes nouvelles pour 2021