pourquoi la dette n’a jamais été aussi peu chère – Euro 2020

25

L’explosion de la dette publique française, un problème ? Certainement pas pour les années à venir. Malgré les emprunts historiques réalisés cette année pour faire face à la pandémie de Covid-19, les remboursements baissent, année après année.

En 1996, la dette française atteignait le chiffre symbolique de 60 % du produit intérieur brut (PIB), le soi-disant maximum autorisé par le pacte de stabilité européen. A l’époque, le service de la dette, c’est-à-dire les intérêts à payer, était lourd, à 3,4 % du PIB.

Un quart de siècle et une pandémie plus tard, la dette a presque doublé, autour de 115 % du PIB, mais le service de la dette a été divisé par deux et demi, à 1,4 % du PIB. En clair, l’Etat a aujourd’hui moins d’efforts à fournir pour rembourser les intérêts d’une dette gigantesque et toujours plus élevée.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Surenchère politique autour de la dette Covid

Mieux encore, les intérêts vont continuer à baisser, malgré les énormes emprunts réalisés en 2020. Selon les calculs de Capital Economics, un cabinet d’études, le service de la dette devrait descendre à 0,7 % du PIB en 2022. Autrement dit, cela ne pèsera guère sur le budget de l’Etat.

Chute des taux d’intérêt

Derrière ce paradoxe se trouve la chute vertigineuse des taux d’intérêt. Aujourd’hui, le gouvernement français bénéficie de ce privilège étonnant : il peut emprunter à taux négatif. Les investisseurs sont prêts à le payer pour lui donner de l’argent. C’était encore le cas jeudi 4 février, quand le Trésor a émis 6,1 milliards d’euros à rembourser sur dix ans à un taux de – 0,25 %.

Ce véritable monde à l’envers se vérifie dans l’ensemble de la zone euro. Les taux à dix ans de l’Allemagne sont à – 0,4 %, ceux d’Espagne à + 0,1 %, et même ceux de l’Italie, malgré ses graves problèmes économiques, tournent à seulement + 0,5 %.

Du coup, le consensus est presque complet chez les économistes aujourd’hui : les Etats peuvent s’endetter sans grands risques. « Les dettes souveraines n’ont jamais été aussi sûres », souligne, dans une note du 28 janvier, Gabriel Sterne, du cabinet d’études Oxford Economics. Surtout, mieux vaut s’endetter pour maintenir l’économie à flot pendant cette crise historique que la laisser s’effondrer : « Si le taux d’endettement peut sembler un problème, la faible croissance est un problème plus important », poursuit M. Sterne.

Action indirecte

Comment expliquer ce phénomène de taux zéro, voire négatifs, qui semble aller à l’encontre du bon sens ? La Banque centrale européenne (BCE) est à la manœuvre. Depuis le début de la pandémie, l’institution de Francfort fait « tourner la planche à billets », pour reprendre l’expression consacrée. Concrètement, elle rachète les dettes des Etats, en créant de l’argent ex nihilo, un privilège de banque centrale.

Il vous reste 44.55% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.