Pourquoi l’arrivée des vaccins risque de faire flamber les prix à la pompe – Championnat d’Europe de Football 2020

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« Une année extraordinaire. Et le terme n’est pas galvaudé », affirme Olivier Gantois, le président de l’Ufip (Union française des industries pétrolières), pourtant rompu au yo-yo des marchés. Mais 2020, marquée par l’épidémie de Covid, restera effectivement, pour l’économie mondiale en général, et pour l’activité pétrolière en particulier, absolument hors norme. Le baril de Brent (la référence en Europe) s’est ainsi échangé sur toute l’année à 45 dollars (38 euros), contre 64 dollars (54 euros) l’année précédente. Avec même une chute en avril 2020 sous la barre des 19 euros.

Mais l’espoir suscité par l’arrivée en masse des vaccins contre le Covid a malheureusement un effet inattendu : celui de faire remonter les cours du pétrole. Et ceux-ci pesant pour un tiers dans la constitution du prix d’un litre de carburant (les deux autres tiers étant essentiellement des taxes), les prix à la pompe grimpent eux aussi. Résultat : depuis le début de l’année, le litre de diesel a augmenté de 9 centimes. Celui du sans-plomb (SP95-E10) a même bondi de 11 centimes. Avec un prix du Brent flirtant désormais avec les 70 dollars (59 euros) le baril, les prix des carburants ont retrouvé leur niveau d’avant-crise. La semaine dernière, le gazole coûtait ainsi, selon le ministère de la Transition écologique, 1,376 euro le litre en moyenne. Et 1,490 euro pour le SP95-E10.

Pourquoi l’arrivée des vaccins risque de faire flamber les prix à la pompe

Mais quel rapport entre le virus et l’essence ? « Si les campagnes de vaccination donnent les résultats escomptés, cela va permettre à l’économie de repartir, explique Francis Perrin, directeur de recherche à l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques) à Paris. Et avec elle, la consommation d’énergie, et notamment de pétrole. Si la demande augmente, elle pousse mécaniquement les prix à la hausse. »

Suivant cet effet domino, le lien entre le virus et les cours du pétrole a été clairement visible pendant toute l’année 2020. Ainsi, le premier confinement au mois de mars 2020 avait entraîné une chute de la consommation de carburant de 53 % dès le mois suivant, en avril. Et même de 83 % pour la demande en kérosène pour le secteur aérien. Et le rebond s’est clairement fait ressentir dès l’annonce par les laboratoires d’autorisations de mise sur le marché (AMM) à venir, au mois de novembre 2020. Un mois plus tard, le 27 décembre, le lancement de la campagne nationale de vaccination accélérait le mouvement. Et donc la remontée des prix à la pompe.

Les facteurs géopolitiques pèsent sur les marchés

« Attention, alerte Francis Perrin, la vaccination – et l’espoir d’éradication du coronavirus – n’est pas le seul facteur à peser sur les marchés du pétrole. Le contexte géopolitique, notamment entre les principaux pays producteurs que sont l’Arabie saoudite, la Russie et les Etats-Unis, joue également un rôle important. » On se souvient de cette réunion ratée du 6 mars 2020 où les 23 pays membres de l’Opep + s’étaient séparés sans avoir réussi à se mettre d’accord sur une baisse de la production, pourtant indispensable pour soutenir les prix. Les cours avaient alors entamé une dégringolade historique, avant de remonter après une nouvelle réunion, et un accord, un mois plus tard.

D’où la question : les prix à la pompe pourraient-ils à nouveau tutoyer les sommets dès cette année ? « Faire des pronostics est toujours un peu dangereux, alerte Francis Perrin. Ce sera, comme toujours, un subtil équilibre entre plusieurs facteurs clés, certains poussant à la hausse, d’autres à la baisse. » Mais une chose est sûre : l’efficacité des différents vaccins, et la capacité des laboratoires à les produire en masse, sera déterminante.

Le pétrole de schiste pourrait jouer un rôle régulateur

« La capacité pour les 23 pays de l’Opep + à jouer collectif fera le reste, estime encore l’expert des marchés pétroliers. Au même titre que les tensions au Moyen Orient. » Comme en témoigne encore les deux attaques, l’une par drone, l’autre au moyen d’un missile balistique, survenues dimanche contre des installations du géant de l’énergie Aramco, dans l’est de l’Arabie saoudite.

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« A l’inverse, un accord entre l’Iran et les Etats-Unis sur le programme nucléaire, avec une levée de l’embargo, relancerait la production iranienne », estime encore Francis Perrin. Autre facteur : le pétrole de schiste américain. De nombreux puits avaient dû fermer du fait de leur faible rentabilité quand les prix étaient au plus bas. La remontée de ces derniers ouvre de nouvelles perspectives. De quoi potentiellement injecter là aussi des quantités astronomiques d’or noir sur le marché mondial. Et contrer ainsi les effets inflationnistes des vaccins sur les prix.