qu’attendre de Ronald Koeman au Barça? – Foot 2020

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Cela faisait plusieurs mois que Ronald Koeman était courtisé par le Barça. Déjà, en janvier, au moment du départ d’Ernesto Valverde, le Batave était la première option des dirigeants catalans. Mais il avait décliné poliment arguant que sa mission à la tête de la sélection néerlandaise n’était pas terminée, avec l’Euro 2020 en tête.

La pandémie de coronavirus a fait le reste. L’Euro a été repoussé à l’été 2021 et le Barça est revenu à la charge ces derniers jours, après le fiasco en Ligue des champions (défaite contre le Bayern 8-2 en quart de finale de la Ligue des champions). Cette fois-ci, la proposition a fait vaciller l’ancien défenseur néerlandais qui a confirmé à NOS son envie de rejoindre l’Espagne. Si le timing pour l’entraîneur interroge avec une équipe à reconstruire, un état d’esprit à recomposer et de nombreuses difficultés à venir, lui n’a jamais caché son envie d’entraîner un jour le club catalan. Il avait d’ailleurs fait inscrire une clause en 2018 lors de sa nomination comme sélectionneur des Pays-Bas. Une clause ‘spéciale Barça’, valable uniquement pour le club espagnol. En cas d’offre, il pouvait être libéré de son contrat, moyennant une indemnité.

Un entraîneur réaliste et n’ayant pas peur de travailler avec les jeunes

“Ronald Koeman est un coach très réaliste, pragmatique, très intelligent pour créer une équipe en fonction des joueurs qu’il a à sa disposition, nous confirme Kees van Wonderen, son ancien adjoint en sélection néerlandaise. Il a misé sur des jeunes, il a aussi fait jouer des joueurs plus expérimentés. Il peut s’adapter.” Avec Feyenoord, il s’est appuyé sur les Stefan de Vrij, Jordy Clasie, Bruno Martins Indi et consorts, tous âgés de 19 ans. A Southampton, James Ward-Prowse, 20 ans, a continué à être un cadre de l’équipe après avoir été installé par Pochettino. Avec la sélection, il a donné les clés de l’équipe à Frenkie de Jong et Matthijs de Ligt, en s’appuyant également sur Denzel Dumfries et Steven Bergwijn (PSV). Au Barça, où les appels à un changement de génération se multiplient ces derniers jours, des éléments comme Ansu Fati ou Riqui Puig pourraient avoir plus de temps de jeu.

Dans un club qui est passé de Guardiola à Valverde avec un grand écart stylistique, le profil de Ronald Koeman possède un avantage: le technicien n’est pas dogmatique. Il a joué avec une défense à trois à Rotterdam, a joué en 4-3-3 ou en 4-2-3-1 tout au long de sa carrière. “Il réussit à bien cerner les besoins d’une équipe en arrivant et il met en place une réponse adaptée sur le terrain, confirme Van Wonderen. Il est intelligent et n’est pas dogmatique. Il a été entraîné par Rinus Michels et Johan Cruyff, il a été l’adjoint de Van Gaal au Barça et il a surtout pris des éléments de tout le monde pour se créer son propre style. Il sait aussi créer un staff qui lui permet d’être proche d’un rôle de manager avec des adjoints très spécifiques impliqués sur le terrain.”

Son passé d’ancien joueur du Barça plaide également en sa faveur selon son ancien adjoint: “Koeman est un ancien joueur, il est expérimenté, il connait le club, il sait comment il fonctionne avec le cirque médiatique et la politique. Il n’aura pas de surprise en arrivant.”

Se faire accepter par Messi

Reste une inconnue. Dans un grand club où l’influence de son joueur-star est immense, tout entraîneur doit déjà passer ‘l’examen-Messi’. “Le plus important aujourd’hui c’est d’être accepté par les grands joueurs du vestiaire. Si Messi ne t’accepte pas, les problèmes commencent”, confirme van Wonderen. Avec la sélection, Koeman n’a pas rencontré de difficulté. Sa réputation avec les Oranje, son parcours respecté et un groupe très sain ont facilité les choses. « Au sein de la sélection, on avait affaire à un groupe avec un super état d’esprit, note son ancien adjoint. Koeman a construit ce groupe après les départs de Robben, Sneijder et van Persie. Il a recommencé un nouveau cycle et on a obtenu des très bons résultats avec eux. Le plus grand leader de cette équipe est van Dijk. C’est un super gars, facile à gérer, qui veut toujours aider les autres, les pieds sur terre… Koeman n’avait pas de gros problèmes d’égos à gérer.”

Kees van Wonderen s’interroge sur l’accueil qui sera réservé à Koeman, mais quand on lui parle de grand ménage, l’actuel entraîneur de Go Ahead Eagles (D2 néerlandaise) répond par un contre-exemple: “Si on regarde le Bayern au début de saison, il y avait des problèmes avec les cadres comme Boateng et Müller… Flick est arrivé et a réussi à recréer un bon état d’esprit autour d’un projet commun. Et aujourd’hui, le Bayern est peut-être la meilleure équipe d’Europe avec les mêmes joueurs qu’en début de saison. Flick a su se faire accepter et a réussi à fédérer tout le monde sur des objectifs collectifs, que seule une équipe soudée peut atteindre. C’est aussi ce que Koeman va devoir faire en arrivant. Il n’y a pas nécessairement à faire partir plusieurs cadres.”

Une bonne nouvelle pour Frenkie de Jong?

Pour ceux ayant suivi Frenkie de Jong avec l’Ajax et la sélection des Pays-Bas, la saison du Batave en Catalogne reste une énigme. Dans un rôle qu’il découvre, bien plus haut sur le terrain, dans un style nouveau également, De Jong n’a pas semblé très à l’aise. Plus inquiétant selon l’ancien adjoint de la sélection néerlandaise, le plaisir semble avoir disparu: “J’ai vu Frenkie arriver en équipe première à l’Ajax, je l’ai vu arriver en sélection. A chaque fois, il prenait beaucoup de plaisir à jouer sur le terrain, ça sautait aux yeux, dans deux formations très soudées, où tout le monde s’entraidait. A Barcelone, j’ai vu un Frenkie différent. Le Barça n’était pas une équipe cette saison. Tout tournait autour de Messi, et même si c’est le meilleur joueur du monde, cela devait être très inconfortable pour les joueurs qui arrivaient comme Frenkie ou même Griezmann qui ne paraissaient pas intégrés. C’était un peu Messi et ses amis (Suarez, Busquets, Jordi Alba) d’un côté et les autres joueurs de l’autre. On n’a pas vu une équipe qui se battait et qui prenait du plaisir ensemble. Ronald Koeman va devoir changer ça.”

Entre un état d’esprit à retrouver, un effectif à rajeunir et des bouleversements à tous les niveaux dans les semaines et mois à venir, Ronald Koeman n’arrive pas au meilleur des moments sur le banc du Barça, son rêve de toujours. Si le profil du technicien colle à cette phase de reconstruction, la tâche demeure immense. Koeman n’a jamais reculé devant un défi. C’est peut-être, cette fois-ci, celui de toute une vie.