Trains : Alstom va s’offrir Bombardier pour 6 milliards d’euros – Championnat d’Europe 2020

8

Alstom change de fiancée. Un an après l’échec de sa fusion avec l’allemand Siemens, à la suite du veto de la Commission européenne, le constructeur ferroviaire français a confirmé négocier, lundi, l’acquisition des trains et métros de Bombardier. La société française offre environ 6 milliards d’euros pour la division du constructeur canadien. « Le prix pour l’acquisition de 100 % des actions de Bombardier Transport sera compris entre 5,8 milliards et 6,2 milliards », précise-t-elle dans un communiqué.

« Cette acquisition renforcera notre présence internationale ainsi que notre capacité à répondre à la demande toujours plus importante de solutions de mobilité durable. Bombardier Transport apportera à Alstom une complémentarité géographique et industrielle sur des marchés en croissance, ainsi que des plateformes technologiques additionnelles. Cela améliorera significativement notre capacité d’innovation, pour nous positionner en pointe en matière de mobilité intelligente et durable », se réjouit Henri Poupart-Lafarge, président du conseil d’administration et directeur général d’Alstom. Ce dernier prévoit environ 400 millions d’euros de synergies de coûts par an à partir de la quatrième ou cinquième année suivant la fusion. Reste à savoir si certains sites français du nouvel ensemble seront impactés en termes d’emplois.

Comme lors du projet de fusion avec Siemens, le français veut changer de taille face à l’appétit croissant des Chinois, qui poussent leurs pions sur le Vieux-Continent. Avec Bombardier Transport, il deviendra le deuxième groupe mondial de matériel ferroviaire derrière le géant chinois CRRC. Si l’on se réfère aux derniers chiffres publiés, les ventes du nouvel ensemble dépasseront les 15 milliards d’euros et plus de 75 milliards d’euros de commandes : celles d’Alstom ont atteint 8,1 milliards d’euros durant l’exercice 2018-2019 (clôt fin mars), avec un carnet de commandes record de 43 milliards d’euros au 31 décembre 2018 ; celles de Bombardier Transport 7,7 milliards d’euros en 2019, pour un carnet de commandes de 33 milliards d’euros.

Lire aussi Latécoère, le destin américain d’une légende française

Le Canada, premier actionnaire d’Alstom devant Bouygues

Trains : Alstom va s'offrir Bombardier pour 6 milliards d'euros - Championnat d'Europe 2020

Ce méga mariage va modifier en profondeur l’actionnariat d’Alstom. En effet, la Caisse des dépôts et des placements du Québec (CDPQ), qui détient 32,5 % de Bombardier Transport, va devenir le premier actionnaire de la société française avec environ 18 % du capital, car elle sera payée en titres Alstom. « CDPQ s’est engagé à réinvestir dans Alstom pour environ 2 milliards d’euros de produit net de cession de sa participation et à réaliser un investissement additionnel à hauteur de 700 millions d’euros », indique le constructeur du TGV. Actionnaire de longue date, le groupe de BTP Bouygues va voir sa participation diluée à environ 10 %. Bouygues est déjà descendu de 27,7 % à 14,7 % du capital en septembre dernier.

Très endetté (plus de 10 milliards de dollars américains) et accusant une perte de 1,6 milliard de dollars américains en 2019, le fleuron industriel canadien Bombardier est engagé depuis 2015 dans une vaste restructuration. Pour l’heure, il a conservé sa division la plus rentable : les avions d’affaires (Learjet, Challenger, Global). En 2018, il a notamment vendu à Airbus pour un euro symbolique le contrôle de son programme A220. Auparavant baptisé CSeries, ce moyen-courrier de 100-150 places est assemblé à Mirabel, au nord de Montréal. La semaine dernière, Bombardier s’est totalement désengagé de l’A220, dont il conservait une part de 33 %. Enfin, l’année dernière, il a cédé son programme d’avions régionaux CRJ, des appareils de 75 à 100 places, au japonais Mitsubishi Heavy Industries.

Lire aussi Margrethe Vestager : « Si les Gafam faisaient quelque chose de très grave, nous pourrions les démanteler… »

Vestager lâchera-t-elle la bride ?

Comme pour Siemens, la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager risque d’analyser très scrupuleusement les termes du rachat et les marchés de transports publics sur lesquels le nouvel ensemble pourrait peser, en particulier en France. Bombardier Transport opère principalement en Europe, notamment en Allemagne où son siège se situe (Berlin), et à Crespin, dans le nord de la France. Martin Bouygues s’est vertement plaint du veto de Vestager à la fusion Alstom-Siemens : « Nous avons en face de nous un très sérieux concurrent chinois qui, lui, s’affranchit de toutes contraintes européennes (…). On a mis en œuvre une stratégie de destruction de l’industrie européenne », critiquait-il il y a un an. Élue personnalité de l’année 2019 par Le Point, la commissaire à la Concurrence mettra-t-elle de l’eau dans son vin ?

Lire aussi Siemens-Alstom : la commissaire Vestager s’est-elle plantée ?

Lire aussi Margrethe Vestager, personnalité de l’année