Altice (SFR) : Patrick Drahi, le trublion des télécoms qui dérange – Championnat d’Europe de Football 2020

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Altice (SFR) : Patrick Drahi, le trublion des télécoms qui dérange
École polytechnique – J.Barande/Flickr

Patrick Drahi a enfin obtenu le feu vert des actionnaires d’Altice Europe pour racheter le solde du capital et retire le groupe de télécoms de la Bourse d’Amsterdam. L’audacieux milliardaire a bâti à un rythme accéléré un empire des télécoms des deux côtés de l’Atlantique et son ascension fulgurante a fait sensation, mais ses montages financiers effraient l’establishment français tandis que ses méthodes de gestion sont dénoncées par les syndicats et certains actionnaires.

« Patrick Drahi est une personnalité qui dérange car il va vite. Et effectivement il va très vite », expliquait déjà fin 2017 à l’AFP Stéphane Dubreuil, président de Stallych Consulting. Pourtant à cette époque, le groupe Altice, constitué à coups d’acquisitions successives, trébuche en Bourse, la dette accumulée par le groupe au fur et à mesure de sa croissance accélérée ayant fini par effrayer les marchés. Patrick Drahi éjecte le directeur général du groupe, Michel Combes, et reprend les commandes. La filiale Altice USA, en bonne santé financière, est séparée des activités du groupe en Europe, regroupées dans un ensemble baptisé Altice Europe NV.

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Celle-ci se lance dans un programme de ventes d’actifs, cédant par exemple partiellement les pylônes de ses réseaux de téléphonie mobile en France et au Portugal. La Bourse observe, pas encore convaincue. Le titre Altice Europe, qui avait plongé à 1,6 euro, parvient à remonter la pente depuis décembre 2018… mais sans atteindre la valorisation espérée alors que SFR, l’actif le plus performant du groupe, engrange de bons résultats. Résultat : Patrick Drahi annonce en septembre 2020 son intention de racheter le solde du capital de son groupe, sous-évalué à ses yeux, qu’il prévoit ensuite de retirer de la Bourse d’Amsterdam pour se libérer de la contrainte des marchés. Le dernier pari à plus de 3 milliards d’euros de l’insatiable entrepreneur, qui a bâti en quelques années un empire des télécoms et des médias et accumulé une montagne de dettes.

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Né à Casablanca (Maroc) le 20 août 1963 et arrivé en France à l’âge de 15 ans, ce fils de deux profs de mathématiques est passé par les plus grandes écoles de la République, enchaînant Maths sup, Maths spé et Polytechnique. Après son diplôme, il commence sa carrière au sein de Philips, puis est embauché par UPC, filiale européenne de Liberty Global, le groupe de John Malone, le roi du câble américain qu’il prend pour modèle. Puis mettant à profit ses talents d’ingénieur et de financier habile, il se met à son compte en rachetant un à un de petits câblo-opérateurs régionaux en mauvaise posture.

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En France, il bâtit discrètement Noos, qui deviendra Numericable. Mais c’est l’acquisition de SFR, une cible huit fois plus grosse (13,4 milliards d’euros), qui le propulse sur le devant de la scène en mars 2014, après une bagarre homérique contre Bouygues. Après avoir avalé Portugal Telecom (7,4 milliards d’euros), il continue son expansion l’année suivante aux États-Unis en s’offrant Suddenlink, le septième câblo-opérateur américain (9 milliards de dollars) puis Cablevision (17,7 milliards de dollars).

Discret, Patrick Drahi a su profiter de la confiance des marchés, qui lui prêtent de l’argent à tour de bras et à des taux d’intérêt historiquement bas. En France, il a étoffé son portefeuille de médias en reprenant notamment RMC et BFMTV, ce qui lui a permis de renforcer son poids dans le paysage médiatique. Mais sa gestion à coup de suppressions d’emplois et de coupes drastiques dans les budgets lui a valu de farouches adversaires parmi les syndicats.

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Son statut de résident fiscal en Suisse, où il habite avec sa famille depuis ses 35 ans, est aussi pointée du doigt par ses détracteurs, même si ses actifs français sont toujours enregistrés en France. Passionné d’art depuis l’enfance, il acquiert à la surprise générale la prestigieuse maison de vente aux enchères Sotheby’s en juin 2019 pour 3,7 milliards d’euros. Septième fortune française selon le classement 2020 du magazine américain Forbes, juste devant son concurrent Xavier Niel classé à la 9e place, ses actifs sont valorisés à 7,1 milliards de dollars.